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Point presse de BENOIT HAMON, Porte parole du Parti socialiste

BENOIT HAMON, Porte parole du Parti socialiste

Je vais évoquer la crise, la polémique lancée par François Fillon et la dernière enquête de Médiapart.

La crise

Nous accueillons l’annonce tardive d’un sommet européen, jeudi, avec un sentiment mêlé d’espoir et d’inquiétude. Nous espérons que les européens puissent enfin se mettre d’accord, mais nous sommes très inquiets concernant les positions divergentes des uns et des autres, notamment au sein de la zone euro et sur l’incapacité des principaux dirigeants européens qui appartiennent pourtant à la même famille politique, à dégager des solutions pérennes.

Ces solutions doivent répondre à la crise grecque et aux lacunes de la zone euro sur le court et sur le moyen terme.

Je vais les énumérer en précisant comment nous pouvons aujourd’hui agir sur ces deux aspects.

Nous sommes favorables à la mise en place d’un fonds robuste permanent de stabilité. Ce fonds doit permettre d’afficher la solidarité des états membres de la zone euro à l’égard de la Grèce. À nos yeux il est indispensable que demain les Etats de la zone euro puissent se financer non pas sur les marchés mais auprès de la Banque Centrale Européenne. C’est ce qu’il manque aujourd’hui. C’est l’une des principales défaillances de la gouvernance économique européenne puisque l’Europe est l’une des seules zones au monde où les Etats ne se financent pas auprès de leur banque mais exclusivement auprès des marchés financiers, ce qui rend chacun des Etats totalement dépendant des conditions fixées par les marchés. C’est la raison pour laquelle nous faisons, avec les partis socialistes européens, deux propositions :

– Constituer une agence publique de notation qui soit réellement indépendante des convulsions du marché et qui puisse agir vigoureusement pour désarmer les marchés financiers, en interdisant les ventes à découvert et en régularisant les marchés de gré à gré.

Nous sommes par ailleurs favorables comme nous l’avions inscrit dans notre projet, à la séparation des activités des banques d’affaires et des banques de détails, afin que les banques ne jouent pas sur les marchés financiers avec l’argent des déposants, c’est-à-dire votre argent, comme ça a pu être le cas et comme ça peut être encore le cas aujourd’hui. Voilà pour l’aspect financier.

– Nous souhaitons également que dans le pacte de stabilité de croissance, cet instrument qui mesure les déficits, soit fait la différence entre les dépenses d’investissements et les dépenses de fonctionnement. En effet, aujourd’hui l’Europe demande à la fois aux états membres d’investir dans la recherche, dans la qualification, dans la formation des citoyens, mais a dans le même temps une appréciation des déficits qui ne fait pas la différence entre un Etat qui investit massivement dans l’éducation et un Etat qui fera massivement des réductions d’impôts pour les plus riches.

La France fait massivement des réductions d’impôts pour les plus riches et n’investit pas dans l’éducation, c’est-à-dire dans la préparation de l’avenir. Si demain les déficits de la France étaient constitués par de l’investissement dans l’avenir, ils ne devront pas être calculés, appréciés de la même manière qu’aujourd’hui quand il s’agit de baisses massives d’impôts qui ne sont pas favorables à l’économie réelle puisque la plupart de ces baisses d’impôts, se traduisent par des gains ou des profits pour les ménages les plus riches, pour les entreprises les plus riches et sont immédiatement placés sur les marchés financiers et donc n’alimentent pas l’économie réelle parce qu’ils n’y sont pas réinvestis.

Nous redemandons donc la différenciation dans le pacte de stabilité de croissance entre les dépenses d’investissement et les dépenses de fonctionnement.

Nous pensons également pour que des pays comme la Grèce et d’autres pays ayant aujourd’hui une économie en difficulté, puissent retrouver un sillon de croissance pérenne, il faut pouvoir disposer demain, des moyens ou des instruments de financement de politiques économiques et publiques au niveau européen, d’où la nécessité de donner la possibilité à l’Europe d’emprunter par des missions d’emprunts pour dégager des recettes nouvelles et financer les grands travaux d’infrastructures énergétiques, de communication, mais aussi la possibilité que l’Europe dispose de recettes nouvelles grâce à l’existence d’une nouvelle taxe sur les transactions financières.

Le Parti socialiste repose donc sur la table des discussions, l’importance de cette taxe, que la droite nous réponde : pourquoi refuse-t-elle la mise en œuvre d’une taxe sur les transactions financières ?

Je vous rappelle que la proposition des socialistes européens d’une taxe sur toute transaction financière de 0,05% permettrait de dégager 200 milliards d’euros qui pourraient alimenter le budget des états déficitaires ou le budget européen.

Pour rappel le budget de l’Europe est d’environ 150 milliards d’euros par an, la taxe sur les transactions financières rapporterait plus que le budget européen lui-même, alors qu’elle ne serait que de 0,05% sur chaque transaction financière.

Certains affirment qu’il ne faut pas le faire car cela engendrerait une fuite des capitaux, or depuis le 17e siècle il existe une taxe de ce type en Angleterre, mais aussi en Belgique et ailleurs. Ces taxes existent déjà, il suffit de les appliquer au niveau européen pour qu’elles rapportent de l’argent et de nouvelles recettes.

Enfin, autre élément de recette qui pourrait abonder le budget européen trop insuffisant, ce sont les taxes écologiques et sociales aux frontières européennes à l’égard des produits et des marchandises qui entrent sur notre marché dans des conditions de fabrication déloyales sur le plan de la concurrence.

Nous pensons au Parti Socialiste qu’à travers ce « juste échange » nous pourrons lutter contre les délocalisations et faire en sorte que les produits et les marchandises qui entrent sur le marché européen respectent des normes minimales sur un plan social et environnemental, la réactivation ainsi du tarif extérieur commun nous permettrait d’augmenter le budget européen.

Voilà les propositions des socialistes sur lesquelles je veux insister, nous attendons maintenant que la droite européenne dise ce qu’elle entend faire. Il est clair que pour éviter la faillite de la Grèce, il est indispensable de repenser l’échelonnement de sa dette, de repenser le montant des remboursements qu’elle doit effectuer notamment à l’égard de ses créanciers privés. De toute façon on a tardé à engager cette négociation. La droite à voulu protéger les banques jusqu’au bout, protéger leurs intérêts et leurs profits. Il faudra tôt ou tard repenser les conditions dans lesquelles la Grèce devra rembourser sa dette aux banques, reposer la question de l’échelonnement. C’est une question centrale.

La crise de la zone euro est préoccupante car elle est de nature à bouleverser considérablement toutes les marges de manœuvre qui peuvent être celles des gouvernements européens.

François Fillon

Nous regrettons que François Fillon qui avait essayé de tenir un discours et un langage un peu différent de celui de la frange la plus dure de l’UMP, notamment vis-à-vis de nos compatriotes binationaux, ait cédé à un discours d’une rare agressivité à l’égard de tous nos compatriotes qui ont acquis la nationalité française par naturalisation ou qui ont la nationalité de leur parents en plus de celle du pays dans lequel ils vivent. Nous savons qu’à travers la sortie de François Fillon il y a surtout une cible : nos compatriotes binationaux d’origine maghrébine ou d’Afrique noire. C’est ceux-là que la droite française vise, c’est à ceux-là qu’elle conteste d’être des vrais français. Encore faut-il que l’on nous dise ce que sont les vrais français aux yeux de François Fillon ?

On peut être d’accord ou pas avec les propos de Madame Joly et beaucoup de responsables politiques se sont exprimés, mais la Présidentielle, je le rappelle, sert à proposer des idées. Je ne vois pas en quoi cette idée serait plus choquante qu’une autre. Que l’on soit d’accord ou non avec elle, il est inadmissible d’expliquer que Madame Joly ne maîtrise pas l’identité française. Cette critique est nauséabonde. Elle est d’autant plus insupportable qu’elle vient confirmer qu’il n’y a qu’une seule et unique parole à droite.

Nous n’avons pas entendu le Président de la République, alors je sais bien qu’il cultive le silence mais sur deux ou trois sujets ce serait bien qu’il se rappelle à sa responsabilité, et sa responsabilité c’est de nous dire si lui aussi pense qu’il y a un problème avec la bi-nationalité dans ce pays, si lui aussi pense qu’un Français n’est pas à cent pour cent Français dès lors qu’il partage aussi la nationalité de ses parents. J’aimerais et je demande au Président de la République qu’il s’exprime, parce que ce partage des rôles entre un Premier ministre qui joue le « bad cop » et le Président de la République qui serait le « good cop », j’aimerais bien savoir aujourd’hui ce que pense le Président de la République sur cette affaire.

Enquête de Mediapart

Puis un mot pour finir, je veux juste relayer à ce pupitre la demande qui me semble assez légitime de Médiapart qui a enquêté sur le patrimoine de Monsieur Ziad Takieddine, l’intermédiaire dans le contrat des frégates avec Taiwan et qui semble, en outre avoir des relations extrêmement proches avec les leadeurs de l’UMP, Messieurs Copé, Hortefeux qu’il invite dans sa villa, et dispose d’une situation fiscale qui au regard de son patrimoine surprend.

Ce Monsieur très riche disposerait d’un patrimoine de 40 millions d’euros et ne payerait pas d’impôt selon Médiapart. Médiapart a demandé au Ministère du budget des éclaircissements sur la situation de Monsieur Takieddine, mais n’en a pas eu. Je profite donc de cet ultime point presse pour dire que je m’associe à la demande de Médiapart, pour en savoir un peu plus sur la situation de Monsieur Takieddine et que Madame Pécresse, notre toute nouvelle Ministre du budget nous en dise davantage sur la situation de cet intermédiaire dans l’affaire des frégates qui semble vivre grassement en France avec une belle fortune mais ne paie pas d’impôt chez nous. C’est peut être légitime, et j’imagine que ça l’est mais je me joins à Médiapart pour demander à en savoir un peu plus.

Voilà ce que je voulais vous dire pour ce point presse.

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